PARENTALITE, Ressources Parentales

Je suis une maman noire et j’ai choisi la parentalité bienveillante pour accompagner mon fils (3)

Ce ne sont pas les grands discours de morale qui transmettent ses valeurs à l’enfant, mais ce que sont et font les adultes” – Catherine Gueguen

Chers Tous,

Avec ce billet, nous clôturons la série consacrée à “Je suis une maman noire et j’ai choisi la parentalité bienveillante pour accompagner mon fils”. J’ai choisi de vous écrire en trois temps sur ce sujet très vaste. J’ai essayé d’amener progressivement les choses pour dresser le décor et faire en sorte que vous sachiez d’où je viens et où je vais dans cette rubrique parentalité.

Dans le premier billet que vous pouvez (re)lire ici  je vous ai dit ce qui m’a amenée sur le chemin de la parentalité bienveillante et respecteuse (pbr), ainsi que mon envie de vous transmettre régulièrement ce que je découvre à ce sujet, et ce que nous faisons à la maison avec le P’tit Coeur.

Dans le deuxième volet de cette série je vous ai parlé de l’apport des ouvrages spécialisés auxquels je me réfère régulièrement. En vous arrêtant vous verrez comment les livres sur la pbr m’aident dans mon rôle de Maman et ce qu’ils m’ont appris à ce jour :

  • être parent s’apprend
  • ce que nous avons reçu enfants nous conditionne et impacte notre façon d’être lorsque nous sommes adultes et lorsque nous devenons parents
  • il est nécessaire de se préparer (ou se former) pour offrir à son enfant une éducation bienveillante et respectueuse.

Sans être exhaustive sur les raisons qui m’ont amenée à choisir la pbr, je vais clôturer ce thème aujourd’hui en vous disant pourquoi j’ai précisé à chaque fois que je suis une maman Noire.

Cette précision a toute son importance car je suis Noire et je ne peux pas me défaire de ma couleur de peau. Elle fait partie de ma construction en tant que femme, citoyenne et maman.

En tant que femme, je ne peux pas nier ma noirceur car certaines caractéristiques physiques sont là pour me le signifier comme mes cheveux crépus et mes formes généreuses (#loveyourcurves !). Je ne peux pas renier le fait d’être Noire d’un point de vue purement citoyen car beaucoup de situations me le rappellent quotidiennement dans mon pays d’adoption : le regard et les remarques des Nationaux, les “tu viens d’où ?” systématiques et insistants, les rdv annuels en préfecture pour justifier le droit au séjour, etc. En tant que maman c’est pareil et cela a commencé quand j’étais enceinte puisque parmi le personnel médical, beaucoup de praticiens étaient convaincus que le fait d’être une femme Noire me ferait soit accoucher rapidement, soit lentement ; me ferait avoir une montée de lait rapide et du lait en permanence ; me ferait me passer de l’anesthésie péridurale car les Noir.es supportent toujours la douleur ; etc. Je n’ai pas besoin de préciser que toutes ces affirmations sont de vilains clichés sur les personnes Noir.es qui nourrissent l’imaginaire de certains praticiens hospitaliers Blancs (c’est le cas de le dire).

Comme vous le voyez, je ne peux pas omettre le fait d’être Noire car au quotidien (presque)tout autour de moi me le rappelle.

Dans le cadre de ma maternité qui nous intéresse, être une maman Noire signifie transmettre à mon enfant ce que j’ai reçu de ma culture, de mes coutumes, de mon clan et de ma famille.  En effet, en Afrique sub-saharienne la transmission est importante. Elle concerne la filiation, les rites, les coutumes, les savoirs, et les valeurs.

 Quand je discute avec des adultes Africains (tontons, tatas, papas, mamans, et grand-parents) une chose revient inévitablement : les temps ont changé. Tous reconnaissent que de nos jours, beaucoup de choses ont changé sur le Continent ou dans les familles africaines des diasporas à travers le monde. Pourtant, moi je constate  malgré l’évolution des modes de vie et des façons de concevoir les choses, beaucoup trop de choses demeurent ancrées dans les habitudes familiales de nombreux Africains, alors qu’on n’en tire aucun bénéfice.

Ainsi,  quand on est parent, mais surtout maman, il n’est pas rare de s’entendre dire “Fais ceci au lieu de cela car dans la famille on a toujours fait comme ça…” ; “Tu es en vie aujourd’hui, on t’a fait ça, pourquoi tu boudes quand on te dit de le faire pour l’enfant ?” ; etc. Les exemples sont si nombreux que leur énumération pourrait faire l’objet d’un livre.

La pression que ressentent les (futurs) parents est si forte qu’ils se laissent imposer des décisions aussi cruciales que le choix du prénom de leur enfant, les méthodes éducatives ou même les études qu’ils feront !

Je ne suis pas contre la transmission si elle se fait dans le respect de la singularité de chacun. Dans de nombreux pays africains, la famille est la cellule sociale de base dans laquelle les enfants et les jeunes adultes reçoivent les croyances, les règles et les valeurs qui leur permettront de devenir autonomes.

D’ailleurs un proverbe africain bien connu le rappelle :

 “Pour qu’un enfant grandisse il faut tout un village”

Est-ce à cause de ça que l’on ne doit pas interroger de temps en temps ce système de valeurs et d’agissement ? Existe-il au monde un seul principe qui échappe d’emblée à la remise en question parce qu’il est parfait dans son essence ? Quand mon fils est venu au monde je me suis sentie seule car j’étais loin de ma mère, de mes tantes et de ma belle-mère. J’ai ressenti leur absence car contraitement à mes amies et à mes cousines, je n’ai pas bénéficié des conseils et de l’aide liés à l’histoire familiale.

Au Gabon par exemple quand une femme accouche elle est automatiquement entourée et aidée par ses pairs (les autres femmes de la famille et de la belle famille) pour qu’elle puisse se reposer. Ainsi on lui fait à manger, on l’aide à prendre soin du nouveau né, on lui donne moult conseils et mise en garde pour réussir “à gérer”, etc. Ici en France c’est différent. La nouvelle maman doit tout gérer de front parce qu’on est dans un pays dans lequel les gens vivent seuls et tout ce qui relève de l’entraide et du soutien est perçu comme extraordinaire alors qu’en Afrique c’est la norme.

Comme vous le voyez, je ne rejette pas en bloc les bienfaits de la transmission de l’histoire familiale. Ce que je dénonce c’est la pression qui est sans cesse mise sur les parents, comme si la famille ne leur reconnaissait que la fonction de géniteurs (canaux par lesquel les enfants viennent au monde) ; la fonction de décideurs étant réservée aux anciens et à toutes les autres personnes qui s’estiment être en droit d’intervenir (et de décider) juste parce qu’ils sont plus âgés que les parents de l’enfant.

C’est un véritable fléau !  Je suis contre cette façon de faire parce qu’elle diminue le rôle des parents quand elle ne les efface pas complètement des décisions qui concernent leurs propres enfants.  Pour ne pas risquer de se mettre à dos leurs familles (familles élargies), de nombreux parents subissent la pression et la frustration qui en résulte, et ils mettent ça sous le compte du respect qui est dû aux aînés. C’est comme ci en se soumettant à leurs décisions, ils réglaient la dette morale et familiale due aux sacrifices consentis par leurs propres parents quand ils étaient entièrement à leur charge. S’il ne s’agit pas d’une dette, de quoi s’agit-il alors ? J’ai vraiment du mal à comprendre.

“Mes parents ont tout fait pour moi, je ne dois pas les vexer ou les froisser…” ; “Je leur dois tout et de toutes les façons ils aiment leur petits fils/petite fille, ça ne peut qu’aller dans leur intérêt…” ; “Si je parle ou réponds ils diront que je leur manque de respect…” ; etc.

C’est vraiment un fléau ! En nous taisons toujours et en agissant ainsi, nous devenons des adultes frustrés puisque très souvent, les injonctions de la famille sur la façon dont nous devons élever nos enfants freinent la satisfaction de nos aspirations familiales, car ces injontions sont contraires à ce que nous voulons. Il n’y a rien de pire que faire des choses qui ne sont pas en phase avec nous-mêmes.

Je pense qu’il faut être extrêmement prudents, voire courageux, mais surtout responsables pour dire non quand ce qui nous est imposé est contraire à ce que nous voulons faire. Il ne faut pas être un parent passif.  Il faut faire pour nos enfants des choix éclairés et conscients afin de ne pas avoir de regrets ou de remords. La conséquence du renoncement à appliquer ses choix, croyez moi, ce sont des familles nucléaires stressées, des parents constaments sur les nerfs, des couples qui se séparent et des enfants qui culpabilisent, etc. Mais dans tout ça, le prix le plus élevé se sont les répercussions de toutes sortes sur la vie des enfants. Ces dernières sont malheureusement niées et sousestimées alors que scientifiquement elles ont été prouvées.

Nous Africains avons trop souvent tendance à négliger l’impact psychologique des actions de nos parents sur nous-mêmes, ainsi que celui de nos propres actions sur nos enfants. C’est dommage ! Je dirai même que c’est dangereux car ce que nous avons vécu et/ou ce que nous faisons vivre à nos enfants entraine soit des conséquences positives qui se traduisent sur eux par de l’épanouissement et de la confiance en soi ; soit  des traumatismes dont on a conscience ou pas, et dans ce cas ils ne sont donc pas considérés comme tels.  

En ce qui me concerne, j’ai pris conscience des traumatismes issus de mon éducation (parents et famille élargie). Je suis profondement reconnaissante d’en être consciente car c’est dans la prise de conscience et dans l’acceptation du traumatisme que réside le premier pas vers la délivrance. Aujourd’hui je n’ai pas peur de dire non quand c’est nécessaire, en restant respecteuse et en faisant valoir mes arguments car je suis responsable de mon enfant.

Je ne dis pas que j’ai reçu une mauvaise éducation de mes parents. Au contraire ils ont fait un travail formidable avec moi et je pense que je le leur ai bien rendu. Par contre, en grandissant j’ai toujours pris le temps de peser le pour et le contre de tout ce qu’ils m’ont transmis. Cette évaluation honnête, consciente et régulière m’a amenée sur le chemin que je suis désormais.

A la naissance de mon fils, j’ai vu la responsabilité qui m’incombait et je me suis juré de faire de mon mieux pour l’accompagner durant son enfance et son adolescence pour qu’il soit plus tard un adulte épanoui, autonome, confiant et responsable. Cela signifie l’élever selon nos principes, nos valeurs et nos croyances, et non sur la base de ce qui nous est imposé ou dicté par nos parents et nos familles respectives. C’est important car étant en phase avec nous-mêmes, nous lui transmettons le meilleur de nous, nous serons capables de lui répondre, et nous pourrons répondre de nos actes qui auront été posés en pleine conscience. Nous ne lui donnerons pas pour seule réponse “on a toujours fait comme ça dans la famille” ou “parce que c’est comme ça”.

En fait ce que je suis en train de vous dire c’est que même si j’appartiens à une famille, je reste avant tout moi : une personne avec des aspirations, des particularités, une singularité. De ce fait, j’ai le droit de dire librement OUI ou NON. J’ai le droit de décider de faire différement. J’ai le droit d’agir autrement. Je n’ai pas besoin que les autres (ma famille, mes ami.es, la société ou vous chers lecteurs) valident mes choix. Si c’est le cas tant mieux. Si ce n’est pas le cas, ce qui leur reste à faire c’est de les respecter. C’est la seule alternative, c’est celle que je pratique moi-même.

Mais alors, pourquoi j’écris tout ceci me direz-vous ?

Eh ben j’écris ici parce que j’aime écrire, mais aussi parce que je souhaite témoigner et partager mon expérience de parent, de maman, ma vision de la parentalité et toutes les autres choses qui s’y rapportent.

Mon objectif n’est pas de juger ou d’influencer. Ce que je souhaite c’est partager, échanger, connecter des parents et leur dire qu’ils ne sont pas seuls ou fous.

Mon P’tit Coeur a 2 ans aujourd’hui (28 mois précisement) et malgré mon approche bienveillante et respectueuse de son éducation, il y a des jours où je crie, je pleure, je le gronde ! Il y a des jours où je m’assieds par terre, je tape les murs, je pleure et je prie. Je ne vous le cache pas parfois je pense que “je vis un enfer”, que “je ne suis pas une bonne mère”, que “je ne suis pas à la hauteur”.

Certaines fois je me sens seule et désemparée face aux réalités de la maternité. Nul doute qu’elle me procure un bonheur indescriptible mais il y a des fois où tout est en dents de scie, et les émotions sont en cascade. J’ai écrit des textes poétiques et remplis d’amour et j’en ai partagés certains avec vous ici et ici.  Mais j’ai aussi écrit des choses moins poétiques mais nécessaires qui seront bientôt partagées en partie sur ce blog.

Ce qui m’aide à traverser les tempêtes émotionnelles et les orages de doutes c’est le fait de :

  • me connecter à d’autres mamans de ma famille (en faisant le tri dans tout ce que j’entends et reçois comme je vous l’ai dit plus haut),
  • échanger avec les mamans de mon cercle d’amies (car j’apprends beaucoup d’elles)
  • de lire des ouvrages de référence sur l’enfant, la famille, les blessures de l’enfance, la parentalité, la bienveillance éducative

Oui, les mots lus, écrits et entendus me portent quand je suis fatiguée de marcher. Je suis consciente de la chance et de la grâce que j’ai de lire ou d’entendre tant de choses positives et constructives sur la parentalité. J’ai donc décidé de les partager à mon tour parce que je sais que ça aidera quelqu’un quelque part.

A ce stade du récit, vous avez compris mon objectif : partager. Si vous trouvez dans mes écrits de la force et des tips pour vivre plus sereinement votre maternité et votre parentalité j’aurais réussi mon pari. S’ils ne vous inspirent rien au contraire, ce n’est pas grave tant que vous respectez mes choix ou tant que vous me le faîtes savoir respectueusement.

Merci de me lire <3

Jessica.

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