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9 clés pour parler aux enfants et aux jeunes du Covid-19 (Coronavirus)

Temps de lecture : 5 minutes

Je n’ai pas vu venir la pandémie de Coronavirus que nous traversons aujourd’hui. Lorsque les premières informations sur ce sujet ont commencé à circuler, j’étais préoccupée par la fin de ma grossesse et mon accouchement. Pourtant, je me suis vite sentie dépassée par tout ce qui se dit sur cette maladie.

Depuis le lundi 16 mars dernier, les écoles, les collèges, les lycées, les universités et toutes les autres structures culturelles sont fermées. Nous sommes confinés, ou nous devons limiter nos déplacements et nos libertés individuelles en fonction des pays. Le P’tit Cœur est donc à la maison. Jusque-là nous n’avions pas parlé de ce virus à notre fils. Mais, face à la fermeture de son école, et devant les mesures prises pour lutter contre la contagion (distanciation sociale, fermeture des aires de jeux, confinement, etc.), nous ne pouvions plus éviter le sujet. Lundi matin, il fallait lui expliquer pourquoi il n’irait plus à l’école (alors que ce ne sont pas les vacances scolaires), au parc et à la salle de jeux, durant les prochaines semaines. Je vous l’avoue, j’ai cherché mes mots.

Au début je me suis contentée de « mon cœur, tu n’iras pas à l’école ce matin parce que l’école est fermée (…), il y a une maladie… » Il m’a regardé les yeux ronds en me demandant pourquoi à cause de ses copains malades lui ne pouvait plus aller à l’école. J’ai compris que je n’avais pas été claire. Il fallait tout recommencer. Par contre, il fallait que je me prépare ! Même s’il a 3 ans ½, mon fils a besoin de savoir ce qu’il se passe en recevant des informations factuelles adaptées à son jeune âge. Ma première tentative d’explication était trop vague, et son jeune cerveau a imaginé tout un tas de choses. De plus, il m’est apparu très anxieux de vivre cette situation : ne pas aller à l’école alors que ce ne sont pas les vacances. Enfin, il était « triste et déçu de ne pas pouvoir aller à l’école et voir -mes autres- ».

*« mes autres » = mes copains et mes copines de classe

Lundi dernier, j’ai vite compris qu’il fallait que les choses soient claires pour moi, pour que je puisse à mon tour aider mon fils à mieux vivre tout ça. Mon problème était le suivant : comment lui parler du Covid-19 ?

Pour moi, il était hors de question de lui « mentir » sur la situation. Trop de choses sont en jeu : l’anxiété, la tristesse, le stress et la confiance qu’il a en moi. Il sait que le week-end il ne va pas à l’école, et cela ne nous empêche pas de sortir. Il sait également que lorsqu’il est en vacances, nous sortons pour nous promener ou pour aller au parc, nous voyageons ou nous recevons des amis, de la famille. Si je partais sur une histoire de « vacances » il aurait fallu que je lui explique pourquoi les sorties, les promenades et les voyages sont impossibles à faire. Trop compliqué pour moi ! J’ai donc choisi d’avoir une conversation franche et positive avec mon fils de 3 ans ½ pour l’aider à comprendre la situation actuelle, et lui donner les moyens d’y faire face à son niveau.

Dans ce billet, je vais vous partager 9 clés pour parler du coronavirus à vos enfants. J’ai regroupé et synthétisé ces clés après avoir écouté des interviews de médecins, de psychologues et d’experts épidémiologistes. Dans leurs interventions, il y avait des points communs utiles et simples, sur les choses à faire et à ne pas faire lorsque l’on parle à nos enfants d’une chose aussi importante. Il faut bien sûr tenir compte de l’âge de vos enfants pour adapter votre discours. J’espère que ça vous aidera.

N’évitez pas le sujet, parlez-en.

La première clé que je vous propose c’est la transparence. Elle est essentielle même si vos enfants sont petits (mon fils a 3 ans ½). Les enfants ressentent et remarquent tout, qu’on leur (en) parle ou pas. Qu’est-ce-que ça change, me direz-vous ? Eh bien, si vous n’êtes pas transparent.e avec vos enfants, vous rendez les choses plus effrayantes, et l’expérience plus traumatisante pour eux, car ils mélangent tout dans leur cerveau et se font leurs propres scénarii, bien éloignés de la vérité.  Comment faire la part des choses lorsqu’on ne sait pas ce qu’est la vérité et ce qu’elle n’est pas ?

Il faut donc parler du Covid-19 avec ses enfants. C’est le sujet d’actualité qui est sur toutes les bouches, sur toutes les chaînes de radio et de télévision, et sur tous les sites internet. Nous n’en n’avons put-être pas conscience mais les enfants entendent beaucoup de choses sur ce sujet : coronavirus, Covid-19, confinement, décès, réanimation, etc., des mots qu’ils n’avaient encore jamais entendus et dont la plupart ignorent la définition. Il faut les leur expliquer. Il faut les démystifier. Un pédiatre proposait par exemple de dire aux jeunes enfants que le coronavirus est « un très grand mot, mais c’est un mot fantaisiste pour dire un rhume ou une grippe ; ça existe depuis longtemps, mais celui dont tout le monde parle est un nouveau virus »

En étant transparent avec vos enfants, vous serez également « un filtre » de l’information qui leur parvient. C’est particulièrement vrai si vous avez des enfants plus âgés que le mien ou des adolescent.e.s à la maison. Ces derniers entendent des choses avec leurs ami.e.s, lisent beaucoup de choses dans la presse, sur internet et sur les réseaux sociaux. Il faut donc en discuter avec eux pour les aider à démêler le vrai du faux.

Ecoutez d’abord, parlez ensuite

La deuxième clé consiste à découvrir ce que vos enfants savent déjà sur le coronavirus. Quel que soit leur âge, faites le point pour avoir une idée de ce qu’ils ont dans la tête. Comment ? En laissant leurs questions vous guider. Elles sont un bon indicateur de la quantité d’informations à leur donner.

Mon P’tit Cœur m’a par exemple demandé s’il allait être malade, et pourquoi son papa était parti au bureau lundi alors qu’il faut rester à la maison pour ne pas être malade. Je lui ai expliqué qu’il n’allait pas être malade car rester à la maison c’est se protéger. Je lui ai ensuite dit que son papa était parti au bureau pour prendre ses affaires et venir travailler à la maison (télétravail). Ces réponses brèves, factuelles et simples ont suffi à le rassurer.

Vos enfants sont certainement plus âgés que le mien. Leurs questions pourraient être par exemple : « est-ce-que nous allons mourir ? », « est-ce-que nous allons tous être malade ? » Voici des idées de réponses à apporter dans ce cas :

  • Leur dire que tout le monde n’attrapera pas le virus
  • Leur dire que la grande majorité de ceux qui l’attrapent guérissent
  • Leur dire que le gouvernement et les soignants travaillent dur pour que les gens dans tout le pays restent en bonne santé

Si vous avez des adolescent.e.s, vous pouvez les orienter vers des sites internets officiels ou leur donner vous-mêmes des informations factuelles et précises sur le Covid-19. Ils ont besoin de savoir ce qu’il se passe pour séparer les rumeurs de la réalité. Ce n’est pas facile. Votre aide en tant que parents est précieuse. Être informés va les aider à faire face, en leur donnant une impression de contrôle.

Moins vous en dites, mieux c’est

Cette troisième clé complète la précédente. Quand vous parlerez du coronavirus avec vos enfants, gardez toujours ceci en tête :

  • J’écoute d’abord, je parle ensuite
  • Plus mon enfant est jeune, moins il a besoin de mots, et moins il y a de mots, plus il est rassuré et réconforté
  • Si mon enfant est plus âgé, je lui réponds de manière directe, claire et brève. Ensuite je fais une pause pour voir s’il a une autre question. En effet, débattre ou tourner autour du pot n’est pas une stratégie efficace. Soit cela va engendrer des questions auxquelles on n’a pas de réponses. Soit cela va créer de l’inquiétude et de la frustration, au lieu de rassurer

Soyez rassurant et honnête

Cette quatrième clé est particulièrement importante lorsqu’on a des jeunes (à partir de 8 ans) et des adolescents. Comme je le disais, à la télé, à la radio, sur internet et sur les réseaux sociaux circulent malheureusement des informations inexactes. Il faut donc :

  • Rassurer ses enfants en décryptant ce qui circule avec eux. Il faut qu’ils comprennent que tout ce qui circule n’est pas forcément fondé
  • Eviter de surveiller ou de discuter constamment des mises à jour sur le statut du Covid-19 en leur présence car cela peut accroître leur anxiété
  • Essayer de limiter leur accès aux informations (Internet, télévision, réseaux sociaux) pour les protéger

Enfin, n’oubliez pas de rester honnête. Comme le disait un psychologue au cours d’une interview, « Nous n’avons pas à prétendre que nous connaissons toutes les réponses, mais nous devons projeter une confiance sereine dans le fait qu’il y a des gens intelligents partout – médecins, décideurs politiques, enseignants – qui travaillent tous ensemble pour s’assurer que nous nous en sortons ».

Osez dire « je ne sais pas »

Il faut le leur dire quand c’est le cas. C’est normal de dire « je ne sais pas ». C’est même important de le dire ! Quand les enfants découvrent que vous les avez trompés, ça mine leur confiance en vous. Mais attention. Il faut le dire avec une voix calme, pas d’une voix paniquée et en étant en colère. « Je ne sais pas », « Je vais me renseigner », « Je vais y réfléchir », c’est à vous de choisir l’expression qui vous plait. Ce qui compte c’est la façon de l’amener.

Restez calme

En préparant ce billet, j’ai remarqué que les experts interrogés soulignaient l’impact de nos propres niveaux de stress et d’anxiété sur la façon dont nos enfants gèrent et traitent cette période d’incertitude. J’ai aussi relevé une autre chose importante : les enfants d’âges différents expriment leur anxiété (en ces temps d’angoisse) de manières très différentes. Ainsi, il faut être particulièrement attentif aux signaux comme l’excitation, l’irritabilité, la léthargie, l’isolement, l’agressivité, la régression (retour à des comportements d’âges inférieurs (faire à nouveau pipi au lit par exemple), la baisse d’implication dans le travail scolaire, la baisse des résultats scolaires, etc.

Concluez avec précaution

C’est une clé importante que je vous donne ici. C’est vraiment important de s’assurer qu’en mettant un terme à la conversation, nous ne laissons pas nos enfants dans un état de stress ou de détresse. Comment le faire ? En les observant ! Nous connaissons nos enfants. Nous connaissons donc leur langage corporel. Il faut évaluer leur niveau d’anxiété en vérifiant s’ils parlent naturellement (le ton habituel de leur voix), s’ils respirent normalement, bref, s’ils se comportent normalement.

Bien entendu, il faut leur rappeler qu’ils peuvent avoir d’autres conversations sur ce sujet avec vous à tout moment. Rappelez-leur que vous vous souciez d’eux, que vous les écoutez et que vous êtes disponible chaque fois qu’ils se sentent inquiets.

Montrez-leur comment se protéger et protéger les autres

Pour cette huitième clé, il faut simplement appliquer les consignes d’hygiène et de sécurité que les autorités martèlent depuis le début de la crise sanitaire. Sans les détailler, il s’agit tout simplement de :

  • Les encourager à se laver régulièrement les mains
  • Leur montrer comment couvrir une toux ou un éternuement avec son coude
  • Leur expliquer qu’il est préférable de ne pas trop s’approcher des personnes, surtout de celles qui présentent ces symptômes
  • Leur demander de vous dire s’ils commencent à avoir de la fièvre, à tousser ou à avoir des difficultés à respirer

Un pédiatre que j’ai écouté suggérait de « faire en sorte que ce soit léger et amusant. Ne pas rendre les choses si graves que cela effraie les enfants. ». Pour cela, il disait de dire aux jeunes enfants qu’en respectant ces règles, ils sont des « destructeurs de germes ou les chasseurs de germes », que votre famille est « un super-héros qui lutte contre le virus et chaque fois que vous vous lavez les mains, vous faites un geste pour garder les gens en bonne santé et en sécurité » ; ou encore, pour les plus grands, que « nous faisons un choix actif et que nous nous unissons tous pour le faire. Nous ne sommes pas tous impuissants dans nos maisons à attendre de savoir ce qui se passe. »

Bien que personne ne puisse dire avec certitude quand cette crise prendra fin, ces astuces me donnent un excellent point de départ pour les conversations plus difficiles des jours à venir !

Maintenez une routine normale autant que possible

C’est la dernière clé que je souhaite partager avec vous. Ce confinement inédit est déjà difficile à tenir alors que la première semaine n’est pas encore passée. C’est dire l’importance de créer un cadre rassurant pour toute la famille. En ce sens, les routines sont de bons alliés. Je ne vous dis pas de fonctionner mécaniquement ou d’avoir le même rythme que vous aviez en temps normal. Il faut bien sûr être plus souple et moins regardant sur des détails comme l’heure du réveil, l’heure du bain ou l’heure du coucher. Mais… il ne faut pas se laisser déborder. Ce n’est pas le moment de les laisser devant la télévision, la tablette ou les jeux vidéo durant toute la journée par exemple. Ce n’est pas le moment de mal se nourrir en mangeant des frites et des bonbons toute la journée. Il faut trouver un équilibre. Il faut passer du temps de qualité en famille, en les encourageant à poursuivre leurs apprentissages scolaires. Je n’ai pas de recette pour ça. C’est à chacun de faire ce qui convient le mieux à sa famille.

Sur ces mots, je vous souhaite de tenir bon et de restez en santé en famille !

A très bientôt ici 🙂

Merci de me lire <3

Sika.

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