PARENTALITE, Ressources Parentales

C’est pour ton bien, racines de la violence dans l’éducation des enfants : le livre qui nous dit que la violence éducative ordinaire est un héritage qu’il faut abandonner !

« Pourquoi appelle-t-on agression le fait de frapper un adulte, cruauté le fait de frapper un animal, mais éducation le fait de frapper un enfant ? »

Cher.e.s Tou.te.s,

Enceinte je me suis questionnée sur ma maternité et l’éducation à donner à mon fils. J’y ai beaucoup réfléchi (c’est toujours le cas), j’ai fait des recherches et je lis beaucoup d’ouvrages sur la relation parent-enfant. Je n’étais pas la première femme à attendre un enfant (ni la dernière), mais je voulais donner du sens à ma maternité. A l’époque, ça été pour moi l’occasion de me replonger 27 ans en arrière lors de ma naissance, puis durant les années qui l’ont suivie, pendant mon enfance. Ce retour en arrière n’a pas été un exercice facile. J’ai vu ce dont j’ai bénéficié et j’ai mesuré ce dont j’ai manqué. Ce dont j’ai cruellement manqué… J’ai eu besoin de réparer. J’ai eu besoin de me réparer.

Pourquoi ? Parce que dans ma tête ces mots résonnaient “on ne peut donner que ce que l’on a”. Qu’est-ce-que j’avais ? Qu’allais-je donner à cet enfant qui serait bientôt là ? Tout ce que j’allais pouvoir lui donner est regroupé dans une notion que nous avons tou.te.s : le passé. On a tous un passé. Et ce passé est fait de bons et de mauvais souvenirs, de bons et de mauvais héritages, d’affection et de violence. Ce passé est heureux ou douloureux, peu importe les proportions et les dosages de bonheur et de douleur. Notre passé est notre bagage. C’est ce que nous avons comme cadre de référence lorsqu’à notre tour nous pénétrons les sphères de la parentalité. Cela signifie que c’est avec cet héritage que nous allons accompagner et éduquer nos enfants.

Mon introspection m’a montré que dans mon passé, il y avait trop de choses douloureuses, incomprises et avec lesquelles je ne suis pas d’accord. C’est de là qu’est née ma volonté de me réparer. J’ai décidé que désormais ce que j’aurais à offrir à mon fils serait ce que je sais. Ainsi, dans la maxime “on ne peut donner que ce que l’on a”, si ce que l’on a c’est ce que l’on sait, on (ne) peut donner (que) ce que l’on sait. Quand j’ai compris tout ça, j’ai commencé à construire les contours de ma maternité. J’ai déconstruit beaucoup de choses…

On a beau être plein de bonnes intentions et jurer qu’on ne fera pas comme nos parents, qu’on sera à l’écoute, qu’on sera ouverts et qu’on sera de bons parents (un savant dosage de fermeté et d’amour), quand nos petites têtes brunes et blondes sont là, et ne font pas ce qu’on attend d’elles, on perd nos moyens. On est étonné de voir la facilité avec laquelle on fait ce qu’on s’était juré de ne pas faire.

Il y a deux écoles :

  • Ceux qui veulent mieux faire mais n’y arrivent pas. Ils ont conscience des limites du modèle éducatif qu’ils ont reçu et ne souhaitent pas le reproduire. Mais leur volonté ne suffit et malgré eux, ils reproduisent ce qu’ils reprochent à leurs parents. Désemparés, ils cherchent du soutien dans des groupes dédiés à la parentalité, auprès des professionnels de l’enfance, auprès des médecins, sur internet, dans l’entourage amical et familial, etc. Ils sont sur la bonne voie. Leur attitude montrent qu’ils sont prêts à envisager un changement.
  • Ceux qui ne se sont jamais posés de questions et font parce que c’est comme ça qu’on a toujours fait. Ce sont les plus nombreux. Ils me rient au nez quand au détour d’une conversation je leur dis qu’on peut faire autrement. Ils vantent les mérites du modèle éducatif qu’ils ont reçu, en banalisant toutes les formes de violences physiques et psychiques qui y sont attachées. Ils disent “heureusement qu’on m’a frappé ! ça m’a sauvé ! c’est pour mon bien qu’ils l’ont fait ! je leur dis merci ! ça ne m’a pas tué…”

On a beau se faire assister, accompagner par des tiers dont c’est le métier, on se rend compte que face aux comportements de nos enfants, on réagit avec la même intensité, la même violence et les mêmes actes que nos parents avaient avec nous. Malgré le soutien associatif, amical, sociétal ou familial, beaucoup de personnes disent ne pas y arriver, et de ce fait, justifient le recours à la violence physique et psychique pour se faire obéir. Pourtant, on peut éviter d’en arriver là. Comment ? En découvrant, en apprenant et comprenant comment fonctionne un enfant. On croit savoir comment fonctionne et se développe un enfant. Pourtant, très peu de parents s’informent sur le développement du cerveau des enfants. Très peu de parents s’informent sur les émotions des enfants. Le simple fait d’être au fait des mécanismes (et leurs conséquences) qui entrent en jeu durant les premières années de vie de l’enfant permet d’avoir un regard différent sur le comportement de l’enfant, et dans le même temps, cela permet d’avoir la posture la plus adaptée face à ce comportement. C’est en cela qu’une autre façon de faire est possible. Quand l’adulte sait ce qui se passe chez l’enfant, cette connaissance est le premier pas qui l’amène à envisager autre dimension dans la relation parent-enfant.

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Capture d’écran, Campagne La Gifle, Fondation pour l’Enfance, 2013

Si je vous dis que j’ai reçu des punitions corporelles quand j’étais enfant, vous me direz que je ne suis pas un cas exceptionnel. C’est vrai. Nous avons tou.te.s été frappé.e.s plus d’une fois par nos parents et ceux qui étaient chargés de veiller sur nous, en tout cas la grande majorité d’entre nous. Les coups que nous avons reçus avaient différentes formes : des bâtons, des ceintures, des gifles, des fessées, etc. A ces châtiments physiques s’ajoutent des humiliations, des punitions, et des blessures psychiques faites d’insultes en tous genre.  Comme ces traitements ne nous ont pas empêchés (la plupart d’entre nous) d’avoir nos diplômes, trouver un travail, fonder une famille ou être socialement équilibrés, nous chantons partout que c’était dans notre intérêt d’être ainsi éduqués. Pourtant, nous cachons tout.te.s des maux qui ne se mesurent pas au fait d’être diplômé, en couple ou parfaitement sensé. Quant à ceux d’entre nous qui ont mal tourné (délinquants, voleurs, violeurs, dépressifs, etc.) alors qu’ils ont subi les mêmes traitements que nous, on les tient responsables de leurs malheurs… On ne cherche pas plus loin.

« Car à l’origine de la pire violence, celle que l’on s’inflige à soi-même ou celle que l’on fait subir à autrui, on trouve presque toujours le meurtre de l’âme enfantine ».

Frapper un enfant, l’humilier, l’insulter, le menacer est ce qu’il y a de plus normal parce que c’est autorisé dans les familles, et c’est la norme en société. Vu que beaucoup d’adultes louent les bénéfices de cette éducation qu’ils ont eux-mêmes reçus (“heureusement que mes parents m’ont frappé, ça m’a aidé, aujourd’hui je suis quelqu’un de bien grâce à ça, etc.), personne ne trouve ces traitements anormaux. La société et la famille le permettent après tout : “tant que ça ne tue pas et tant qu’on ne dépasse pas les bornes, tant que c’est fait avec amour, on le fait” ; “si c’était si mauvais que ça, nous adultes, ne serions pas les bonnes personnes que nous sommes devenus” ; “c’est normal de le faire, il y a des enfants qui ne comprennent que de cette façon” ; “ça n’a jamais fait de mal à personne”, ; “on doit le faire” 

Hélas, les humiliations, les menaces, et les punitions corporelles blessent les enfants au plus profond d’eux-mêmes. Ces privations et ces blessures visibles et invisibles empêchent les enfants de se développer comme ils devraient. Leurs conséquences peuvent apparaître seulement à l’âge adulte dans des réactions, des choix, des pensées, des maladies, et des attitudes insensées et parfois inhumaines.

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C’est ce que démontre Alice Miller dans son excellent livre C’est Pour Ton Bien : Racines de la violence dans l’éducation des enfants. Alice Miller (1923-2010) est une psychanalyste polonaise qui a exercé la psychanalyse pendant 20 ans. Elle s’est ensuite entièrement consacrée à comprendre comment évoluent les enfants maltraités.

Sorti en Allemagne en 1980, publié en français en 1983 pour la première fois et réédité depuis, le livre d’Alice Miller est intemporel à cause des sujets graves qu’il traite. De nombreux parents se plaignent des comportements inappropriés de leurs enfants en les tenant responsables desdits comportements, malgré tous les efforts qu’ils font pour bien les éduquer. Certains vont même jusqu’à solliciter l’aide d’un tiers : thérapeute familial.e, psychiatre, psychologue, ami.e.s, psychanalyste, assistant.e social.e, parents, etc. Le problème, selon Alice Miller, c’est que tous ces tiers sont incapables de blâmer les parents (leurs agissements) pour tous ces désordres physiques et mentaux qu’ils reprochent à leurs enfants, mais, ils sont prompts à culpabiliser les enfants (les tenir responsables) de leurs comportements pour que soient épargnés les parents. En fait, ils ne se “soucient pas de savoir ce que les parents ont fait de (à) leurs enfants, (…) ils arrivent rarement à connaître les événements de la petite enfance”.

Dans C’est pour ton bien, Racines de la violence dans l’éducation des enfants, Alice Miller concentre sa réflexion sur les enfants (le fonctionnement des enfants, leurs émotions, l’expression de leurs émotions,  l’environnement dans lequel ils grandissent, les traitements qu’ils reçoivent de leurs parents, l’attitude de ces derniers à leur endroit, etc.) pour sensibiliser les parents, les professionnels, et la société aux souffrances ordinaires subies par les jeunes enfants et leurs conséquences délétères à long terme.

La transmission transgénérationnelle de la violence éducative ordinaire

C’est l’objet de la première partie du livre qui traite de “la pédagogie noire”. La transmission transgénérationnelle de la violence éducative ordinaire est la conséquence de “la pédagogie noire”. Ma lecture de cette première partie a été difficile, forte en émotion et révélatrice. Grâce aux extraits du livre de Katharina Rutschky (Rutschky K., Ed. Schwarz Pädagogik. Berlin, 1977. Ullstein), un recueil de textes sur l’éducation des enfants aux XVIIIème et XIXème siècles, Alice Miller montre comment depuis très longtemps, la société s’est employée à faire de l’éducation des enfants une espèce de conditionnement pour l’obéissance absolue aux sollicitations des parents, car ces derniers ont toujours raison. Pour y parvenir, il faut “enlever aux enfants leur volonté avec tant d’efficacité qu’ils ne se souviendront plus d’en avoir eu une”. Les extraits cités sont effrayants mais éclatant de vérité et d’intemporalité. J’ai retrouvé les “origines” des attitudes répressives communes à tous les parents, peu importe le pays et la classe sociale : insultes, humiliations, punitions corporelles, coups, blessures, pressions, chantages, manipulations psychologiques, d’humiliations ou de pressions (voire de manipulations) psychologiques, abêtissement (donner aux questions des enfants des réponses inappropriées), violence psychologique (sournoise, perverse et particulièrement difficile à repérer), etc.

“La colère contre les parents, rigoureusement interdite mais très intense chez l’enfant, est transférée sur d’autres êtres et sur son propre soi, mais elle n’est pas éliminée du monde, au contraire : par la possibilité qui lui est donnée de se déverser sur les enfants, elle se répand dans le monde entier comme une peste”.

Ces attitudes répressives commencent très tôt, dès la toute petite enfance. J’ai également réalisé que même si de nos jours les châtiments corporels sont infligés autrement ou sont parfois décriés, notre époque et celle qui nous a précédés ont en commun le vocabulaire (négatif, dépréciatif, suspicieux, accusateur) et le regard dénué d’empathie et de bienveillance porté sur le comportement des enfants. Enfin, ma lecture de la première partie du livre a été marquée par l’habileté avec laquelle Alice Miller parvient à “atteindre chez le lecteur adulte l’enfant qu’il a été”. En effet, elle montre comment beaucoup d’adultes refusent de se pencher sincèrement sur leur enfance pour s’épargner de revivre des peines enfouies dans le passé. L’auteure martèle que ce voyage en arrière est capital pour comprendre ce qui nous conduit à légitimer et banaliser les souffrances qui nous ont été infligées (ça ne m’a pas tuer, ça m’a fait du bien et ça m’a aidé à être ce que je suis). Cette confrontation avec notre passé (probablement douloureux) va nous permettre de ne pas répéter les mêmes modèles sur nos propres enfants. En d’autres termes, ça va nous aider à refuser de perpétuer les modèles de violence éducative ordinaire.

“La plus grande cruauté que l’on inflige aux enfants réside dans le fait qu’on leur interdit d’exprimer leur colère ou leur souffrance, sous peine de risquer de perdre l’amour et l’affection de leurs parents. Cette colère de la petite enfance s’accumule donc dans l’inconscient et, comme elle représente dans le fond un très sain potentiel d’énergie vitale, il faut que le sujet dépense une énergie égale pour le maintenir refoulé. Il n’est pas rare que l’éducation qui a réussi à refouler le vivant, pour épargner les parents, conduise au suicide ou à un degré de toxicomanie qui équivaut à un suicide”.

Quand l’obsession de bien éduquer flirte avec la maltraitance et détruit l’enfance

Dans la deuxième partie du livre, Alice Miller analyse le destin brisé de trois enfants devenus adultes. Comme tous les parents, ceux de ces trois enfants étaient animés de la plus noble intention : en faire des gens biens. Seulement, comme nous le montre l’auteure, c’est hypothétique d’être animé de bonnes intentions si on emploie les mauvais moyens pour arriver à nos fins.

“Toutes les victimes ne deviennent pas bourreaux. Mais tous les bourreaux ont été victimes”.

On suit alors :

  • Christiane F., une jeune fille devenue droguée et prostituée. Elle est “souvent battue par son père pour des motifs qui lui restaient incompréhensibles, finit par se comporter de telle sorte que son père “ait une bonne raison de la battre”. Son histoire autobiographique est disponible dans le livre Moi Christiane F. 13 ans, droguée, prostituée…
  • Adolf Hitler, tristement connu pour son idéologie raciste, nazie et ultranationaliste. On y découvre le portrait d’un enfant humilié, battu et peu aimé par ses parents qui l’obligeaient pourtant à respecter autrui et à devenir quelqu’un de bien. Alice Miller montre clairement qu’elle ne prend pas un raccourci en prétendant que seule l’attitude de ses parents a fait d’Hitler ce qu’il est devenu. Elle démontre juste comment les délires violents d’un père et son obsession pour une éducation parfaite sont à la base de “la genèse d’une haine insatiable qui dure toute une vie (…) il faut bien se poser la question de ce qui se passe chez l’enfant qui est, d’un côté, humilié et rabaissé par ses parents et qui a, d’un autre côté, le devoir impératif d’aimer et de respecter la personne qui l’offense et de n’exprimer en aucun cas ses souffrances”.
  • Jürgen Bartsch, abandonné à la naissance, adopté, maltraité et abusé. Entre 16 et 20 ans, il a assassiné quatre petits garçons. Avec ce cas, Alice Miller s’attarde sur l’importance de l’attachement précoce parent-enfant, et les dangers liés aux carences affectives.

Avec ces exemples, j’ai compris comment ce que vit un enfant impacte l’adulte qu’il sera. Bien sûr, les maltraitances de l’enfance ne justifient, n’expliquent et n’excusent pas les monstruosités et les comportements déviants des adultes. Néanmoins, c’est important de considérer l’environnement physique et psychique dans lequel l’enfant grandit.

Pour finir, ce livre d’Alice Miller reste d’actualité en France, en Europe mais surtout au Gabon et en Afrique où, malheureusement personne n’est hostile à ces formes de violences éducatives. Quand je discute avec des Africains, ils disent qu’ils sont contre la maltraitance des enfants mais ils font usage des châtiments corporelles et psychologiques tous les jours, pour ne pas se laisser diriger et dominer par les enfants. Où est la limite ? A quel moment on franchi le seuil de ce qui est tolérable et de ce qui est inacceptable ? C’est quoi les petits coups ? Qu’est-ce-qu’une petite insulte ? Doit-on définir la maltraitance en termes de coups donnés, de fréquence ou de blessures comptées sur le corps de l’enfant ? Dans nos discussions, ces mêmes personnes rejettent catégoriquement le débat sur la nécessité de promulguer une loi visant à interdire les punitions corporelles aux enfants (coups, fessées, gifles, etc.). L’argument invoqué est souvent celui de l’ingérence du législateur dans la sphère familiale. A ce raisonnement je réponds toujours que le cadre d’une telle loi va au-delà de savoir si oui ou non l’Etat a le droit de dire à un parent comment éduquer son enfant. Pour moi, il est avant tout question de légiférer sur le statut juridique des enfants. Et il y a urgence à le faire ! Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi dans de nombreux pays, les lois protègent les adultes victimes de coups et blessures de la part d’autres adultes, les animaux victimes de maltraitances de la part d’adultes, mais pour les enfants, incapables de se défendre physiquement des coups/ insultes/ humiliations reçus d’adultes, qu’ils s’agissent ou non de leurs parents, la loi ne prévoit rien.  C’est inconcevable, comme je le rappelle cette citation que j’aime beaucoup citer :

“Pourquoi appelle-t-on agression le fait de frapper un adulte, cruauté le fait de frapper un animal, mais éducation le fait de frapper un enfant ?”

Et si en réalité le recours systématique à la violence physique et verbale pour faire obéir les enfants était un aveu d’impuissance des adultes ?

“L’éducation sert dans bien des cas à empêcher que ne s’éveille à la vie chez son propre enfant ce que l’on a jadis tué en soi-même. Le  principe pédagogique selon lequel il faudrait «orienter» dès le départ l’enfant dans une certaine direction naît du besoin de dissocier  du soi les éléments inquiétants de sa propre intériorité et de les projeter sur un objet disponible. Le caractère malléable, souple, sans défense et disponible de l’enfant en fait l’objet idéal de ce type de projection. L’ennemi intérieur peut enfin être combattu à l’extérieur. Les spécialistes de la  recherche sur la paix sont de plus en plus conscients de ces mécanismes, mais tant qu’on n’en voit pas la source dans l’éducation des enfants, ou tant qu’on la dissimule, on ne peut pas entreprendre grand-chose pour y remédier. Car des enfants qui ont grandi investis des éléments exécrés de la personnalité de leurs parents, qu’il fallait combattre, ne peuvent pas espérer transférer ces éléments sur quelqu’un d’autre pour se sentir à nouveau bons, «moraux», nobles  et proches des autres. Alors que ce type de projection peut aisément se faire sur n’importe quelle idéologie. C’est l’éducateur et non l’enfant qui a besoin de la pédagogie”.

A l’instar de nombreux pays, et après avoir été rappelée à l’ordre par l’ONU et le Conseil de l’Europe, la France est sur le point d’avoir une loi qui interdit le recours aux châtiments corporels et psychologiques pour éduquer les enfants. En effet, l’Assemblée nationale française a adopté le 29 novembre 2018 un projet de loi qui interdit les fessées, les gifles et les souffrances morales infligées aux enfants.  En mars 2019, c’était au tour du Sénat d’adopter une proposition de loi qui va dans le même sens, et qui souligne dans un amendement quel’autorité parentale s’exerce sans violence physique ou psychologique”. Ces textes ne prévoient pas de sanctions pénales… Ils sont pour le moment, forts, symboliquement. Ils disent que les formes de violences éducatives ordinaires ne doivent pas être considérées comme “normales” parce que “on y a tou.te.s eu droit et on y a tou.te.s survécu”. Dans tous les cas, il appartient maintenant au gouvernement français de tout mettre en oeuvre pour que ces textes “deviennent une loi”. Si une telle loi est votée, la France deviendrait le 55ème pays à adopter une loi interdisant les violences éducatives ordinaires. Le premier pays à l’avoir fait c’est la Suède en 1979 !

Qu’en est-il du Gabon et des autres pays africains ? Malheureusement, dans nos pays africains, cette question n’effleure pas l’esprit des politiques et de la société civile. La mémoire collective a tellement sacralisé le principe qu’il y a “des « bonnes » et des « mauvaises » raisons de mettre des claques”, et que “frapper un enfant a des vertus éducatives, on a toujours fait comme ça et ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, ça forge le caractère, les aspects psychologiques liés à l’éducation sont des problèmes de Blancs, etc.” Même ma génération de parents ne trouve pas à redire fassent à ces idées reçues, fausses et dangereuses pour les enfants ! D’ailleurs, ce spot publicitaire de 30 secondes en dit long…

Interrogé dans le cadre de cette campagne publicitaire, le docteur Gilles LAZIMI, médecin généraliste et coordinateur de cette campagne disait : “Il n’y a pas de petite claque, ni de petit coup, toute violence envers nos enfants peut avoir des conséquences sur leur santé physique et psychologique. […] Ces violences banalisées, tolérées par la société, peuvent avoir des conséquences sur le développement de l’enfant. Un certain nombre aura des séquelles en termes de santé, d’apprentissage et de développement”.

Mon objectif en vous présentant ce livre est de susciter en vous la curiosité d’en savoir plus. Il y a des alternatives aux méthodes traditionnelles d’éducation qui scandent à tout va que les punitions physiques et psychiques sont absolument nécessaires et incontournables pour bien éduquer un enfant. Je ne suis pas là pour vous culpabiliser ou accuser nos parents (et nos grand-parents). Ils ont fait avec ce qu’ils avaient. Nous pouvons faire autrement ! Nous savons et entendons de plus en plus qu’il y a d’autres façons de faire.  La violence éducative ordinaire est un héritage qu’il faut abandonner ! Ce n’est pas pour leur bien !

Je vous encourage à lire ce livre. Il est fluide, accessible, et sa compréhension est à la portée de tou.te.s.

Présentation de l’éditeur

La psychose, la drogue, la criminalité sont-elles les répercussions codées des expériences des premières années de la vie ? Alice Miller dénonce les méfaits de l’éducation traditionnelle, qui a pour but de briser la volonté de l’enfant pour en faire un être docile et obéissant. Elle montre comment les enfants battus battront à leur tour, les menacés menaceront, les humiliés humilieront. Car à l’origine de la pire violence, celle que l’on s’inflige à soi-même ou celle que l’on fait subir à autrui, on trouve presque toujours le meurtre de l’âme enfantine. Cette « pédagogie noire », selon l’expression de l’auteure, est illustrée par des textes des xviiie et xixe siècles, stupéfiants ou tragiques, reflétant les méthodes selon lesquelles ont été élevés nos parents et nos grands-parents, et par trois portraits d’enfances massacrées : celle de Christine F., droguée, prostituée, celle d’un jeune infanticide allemand et enfin celle d’Adolf Hitler, que l’on découvrira ici sous un jour tout à fait inattendu.

Fiche technique

  • Titre : C’est pour ton bien, racines de la violence dans l’éducation des enfants
  • Date de parution : 11/03/2015
  • Auteure : Alice Miller
  • Éditeur : Flammarion, Collection Champs Essais
  • Format : Poche
  • Nb. de pages : 380
  • Prix : 8,99 € – environ 5 897 FCA

A propos de l’auteure

Alice Miller (1923-2010) a exercé la psychanalyse jusqu’en 1980 avant de se consacrer entièrement à ses recherches sur l’enfance. Traduite dans le monde entier, elle est l’auteure de nombreux ouvrages sur les causes et les conséquences des mauvais traitements infligés aux enfants, dont en Champs-Flammarion Notre corps ne ment jamais, C’est pour ton bien et Ta vie sauvée enfin. (Source : https://www.decitre.fr).

Merci de me lire <3

Jessica

 

1 thought on “C’est pour ton bien, racines de la violence dans l’éducation des enfants : le livre qui nous dit que la violence éducative ordinaire est un héritage qu’il faut abandonner !

  1. Sois bénie maman Jess, continue ton combat, je suis avec toi 🙂 avant même que je ne sois enceinte de Mattia je m’étais jurée de ne pas reproduire les mêmes « erreurs » que ma famille (et que moi même malheureusement j’ai fait subir à mes petits frères et sœurs quand j’étais moi même encore une enfant). Mais je rends grâce à Dieu de m’avoir accordé la sagesse nécessaire (vers 15 ans) pour stopper le cercle vicieux de donner des coups.
    J’ai encore énormément de travail à faire sur moi pour communiquer, avec mon entourage, avec Mattia (j’en sais quelque chose que les paroles blessent encore plus que les coups, vu que je porte encore ces blessures…) mais par la grâce de Dieu je vais y arriver.

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